« Moratti Connection »

Jusqu'en 2013, avant l'arrivée d'Erick Thohir à la présidence de l'Inter, le club est à 100% un club familial géré par une étrange dynastie italienne bourgeoise de drauche. En effet, les accointances politiques de tout ce beau monde sont de tous côtés. Avec le maire dans leur poche, comment empêcher la construction d’un nouveau stade par exemple ?

On peut voir un certain népotisme dans la façon dont les membres de la maison Moratti occupent les postes clefs au sein des entreprises patrimoniales. Mais après tout, il y a au minimum un bon tiers des emplois en Italie comme en France qui sont liés aux pistons. La reproduction sociale y a que ça de vrai.

En Italie, le fait de posséder un club donne une certaine légitimation aux puissantes familles. Déjà à l’époque des romains, les édiles dépensaient à tout-va sur leurs fonds propres pour donner aux masses populaires ce qu’elles voulaient : du pain et des jeux. Mais il semble qu’ici les évergètes se soient eux-mêmes pris au jeu, justement. Car les investissements colossaux consentis par les Moratti ne semblent pas faire partie d’une stratégie globale de leur opportuniste voisin Silvio Berlusconi, mais la passion connaît aussi ses revers. Même si on parle de pétrole, cette histoire c’est pas Dallas quoi.

Au nom du père

Angelo Moratti


Angelo (1909-1981) : Le patriarche est un self-made man qui a fait fortune dans le pétrole. Il a été le propriétaire du club de 1955 à 1968 et il est unanimement reconnu comme étant le meilleur président de l’histoire de l’Inter, surtout parce qu’il a su déléguer les pouvoirs aux hommes de talent qu’étaient Italo Allodi, Peppino Prisco et Helenio Herrera qui ont amenés les deux Coupes des clubs champions de l’Inter, qui était alors connue sous le surnom de « la Grande Inter. » Ses victoires lui ont apportées des joies immenses. Mais son intérêt pour l’équipe remonte à une époque antérieure, puisque, comme nous le verrons, il avait déjà transmis sa passion à ses fils à la fin des années quarante.
Il a fondé la Saras en 1962, c’est une énorme raffinerie sarde.

Mon frère est fils unique

Massimo Moratti


Massimo (né en 1946) : Cet héritier multi-millionaire est officiellement président de l’Inter de 1995 à 2004 puis à nouveau depuis la mort de Giacinto Facchetti en 2006 jusqu'au 15 octobre 2013. Il est resté actionnaire majoritaire pendant tout ce temps. Il a été surnommé Minimo par certains de ses détracteurs (voir le titre du livre Minimo Moratti paru en 2003, dont les auteurs se cachent derrière les pseudonymes Roberto Carli et Ronaldo Crespi). Il est surtout connu pour ses dépenses folles et ses résultats minimalistes jusqu’au Calciopoli. Il y a eu des erreurs de casting à tous les niveaux, aussi bien chez les joueurs que chez les dirigeants, parce que, contrairement à son père, Massimo n’a pas toujours été capable de s’entourer des meilleurs, c’est à dire ceux qui connaissent le mieux le monde du football. Le président avait notamment engagé Julio Velasco fameux… dans le monde du volley-ball ! Massimo Moratti n’a surtout jamais été capable d’accorder toute sa confiance à un entraîneur dans la durée, ce qui le contraint souvent à leur verser des parachutes dorés après les avoir éjectés. Il est fan de l’Inter depuis le premier match qu’il a vu au stade, un derby remporté 6-5 qui a eu lieu le 6 novembre 1949. Lors de ce match au score fleuve, l’Inter était pourtant menée par quatre buts à un dès la dix-neuvième minute. Pour faire de la psychologie de magazine féminin, c’est peut être ce match qui a fait naître l’idée de la « pazza Inter », cette folle équipe.
Dans le monde des affaires, il est l’administrateur délégué de la Saras. De plus il est membre du comité directeur du groupe Pirelli et a été membre de celui de Telecom Italia.
Au niveau politique, il a des sympathies de gauche et a été même pressenti pour être candidat d’une alliance de centre-gauche à Milan, mais il n’a pas encore franchi le pas. Depuis le 15 octobre 2013 il a laissé la place de président à Erick Thohir, un homme d'affaire important en Indonésie avec une participation de 70%. Massimo Moratti reste en tant que président d'Honneur.

Emilia « Milly » Moratti


Milly (née en 1946) : Emilia « Milly » Moratti, la femme du pétrolier, est écologiste. Oxymore ? L’Italie n’est pas avare en conflits d’intérêts. Elle était conseillère communal de centre-gauche à Milan.

 

Gianmarco Moratti


Gianmarco (né en 1936) : L’aîné des fils d’Angelo Moratti, C’est le plus ancien des actionnaires de l’Inter puisque son père lui a offert ses premières parts en 1948. Il a été membre du conseil d’administration de l’Inter. Il est surtout le président de la Saras, entreprise qui produit maintenant de l’électricité et qui cherche à se diversifier en développant les éoliennes.

 

Letizia Moratti


Letizia (née en 1949) : Seconde femme de Gianmarco. Manager italienne, elle a été présidente de la Rai, le groupe audiovisuel public italien entre 1994 et 1996. Ministre de l’Éducation Berlusconi entre 2001 et 2006. Maire de droite de Milan en 2006.

 

Natalino Curzola Moratti


Natalino Curzola Moratti : Leur frère, fils adoptif d’Angelo, est membre du conseil d’administration de l’Inter.

 

La meglio gioventù

Angelomario Moratti


Angelomario (né en 1973) : Fils de Massimo. L’un des deux vice-présidents de l’Inter, président d’Inter Brand, occupe un poste au conseil d’administration de la Saras.

 

Giovanni Moratti


Giovanni (né en 1984) : « Gigio », l’un des fils de Massimo, est membre du conseil d’administration de l’Inter.

 

Angelo Gino Moratti


Angelo Gino (né en 1963) : Fils de Gianmarco et de sa première femme, membre du conseil d’administration de l’Inter et de celui du club de basket-ball l’Olimpia Armani Jeans Milano ; unique vice-président de la Saras.

 

Un ami qui vous veut du bien

Angelomario Moratti


Marco Tronchetti Provera (né en 1948) : Ex-mari de l’héritière de la famille Pirelli, il est toujours le patron de cette société. Sa boîte est le principal sponsor du club depuis que Massimo Moratti est le propriétaire de l’Inter. Il a également été à la tête de Telecom Italia, qui possède la chaîne de télévision LA7 en plus des activités de télécommunications classiques.
C’est l’homme d’influence du club, mais il a mal géré ses affaires ces dernières années, et Pirelli a du revendre une partie de ses actions Inter. Il est toujours membre du conseil d’administration de l’Inter.
Pour l’anecdote,c’est l’un des aïeux de la famille Pirelli, Piero Pirelli qui a fait bâtir le stade San Siro lorsqu’il était président de l’AC Milan.