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L’Inter est un club familial géré par une étrange dynastie italienne bourgeoise de drauche. En effet, les accointances politiques de tout ce beau monde sont de tous côtés. Avec le maire dans leur poche, comment empêcher la construction d’un nouveau stade par exemple ?
On peut voir un certain népotisme dans la façon dont les membres de la maison Moratti occupent les postes clefs au sein des entreprises patrimoniales. Mais après tout, il y a au minimum un bon tiers des emplois en Italie comme en France qui sont liés aux pistons. La reproduction sociale y a que ça de vrai.
En Italie, le fait de posséder un club donne une certaine légitimation aux puissantes familles. Déjà à l’époque des romains, les édiles dépensaient à tout-va sur leurs fonds propres pour donner aux masses populaires ce qu’elles voulaient : du pain et des jeux. Mais il semble qu’ici les évergètes se soient eux-mêmes pris au jeu, justement. Car les investissements colossaux consentis par les Moratti ne semblent pas faire partie d’une stratégie globale de leur opportuniste voisin Silvio Berlusconi, mais la passion connaît aussi ses revers. Même si on parle de pétrole, cette histoire c’est pas Dallas quoi.
Angelo (1909-1981) : Le patriarche est un self-made man qui a fait fortune
dans le pétrole. Il a été le propriétaire du
club de 1955 à 1968 et il est unanimement reconnu comme étant
le meilleur président de l’histoire de l’Inter, surtout
parce qu’il a su déléguer les pouvoirs aux hommes de
talent qu’étaient Italo Allodi, Peppino Prisco et Helenio
Herrera qui ont amenés les deux Coupes des clubs champions de l’Inter,
qui était alors connue sous le surnom de « la Grande Inter. » Ses
victoires lui ont apportées des joies immenses. Mais son intérêt
pour l’équipe remonte à une époque antérieure,
puisque, comme nous le verrons, il avait déjà transmis sa
passion à ses fils à la fin des années quarante.
Il a fondé la Saras en 1962, c’est une énorme raffinerie
sarde.
Massimo
(né en 1946) : Cet héritier multi-millionaire
est officiellement président de l’Inter de 1995 à 2004
puis à nouveau depuis la mort de Giacinto Facchetti en 2006, il
est resté actionnaire majoritaire pendant tout ce temps. Il a été surnommé Minimo
par certains de ses détracteurs (voir le titre du livre Minimo Moratti
paru en 2003, dont les auteurs se cachent derrière les pseudonymes
Roberto Carli et Ronaldo Crespi). Il est surtout connu pour ses dépenses
folles et ses résultats minimalistes jusqu’au Calciopoli.
Il y a eu des erreurs de casting à tous les niveaux, aussi bien
chez les joueurs que chez les dirigeants, parce que, contrairement à son
père, Massimo n’a pas toujours été capable de
s’entourer des meilleurs, c’est à dire ceux qui connaissent
le mieux le monde du football. Le président avait notamment engagé Julio
Velasco fameux… dans le monde du volley-ball ! Massimo Moratti
n’a
surtout jamais été capable d’accorder toute sa confiance à un
entraîneur dans la durée, ce qui le contraint souvent à leur
verser des parachutes dorés après les avoir éjectés.
Il est fan de l’Inter depuis le premier match qu’il a vu au
stade, un derby remporté 6-5 qui a eu lieu le 6 novembre 1949. Lors
de ce match au score fleuve, l’Inter était pourtant menée
par quatre buts à un dès la dix-neuvième minute. Pour
faire de la psychologie de magazine féminin, c’est peut être
ce match qui a fait naître l’idée de la « pazza
Inter », cette folle équipe.
Dans le monde des affaires, il est l’administrateur délégué de
la Saras. De plus il est membre du comité directeur du groupe Pirelli
et a été membre de celui de Telecom Italia.
Au niveau politique, il a des sympathies de gauche et a été même
pressenti pour être candidat d’une alliance de centre-gauche à Milan,
mais il n’a pas encore franchi le pas.
Milly (née en 1946) : Emilia « Milly » Moratti, la
femme du pétrolier, est écologiste. Oxymore ? L’Italie
n’est pas avare en conflits d’intérêts. Elle est
actuellement conseiller communal de centre-gauche à Milan.
Gianmarco (né en 1936) : L’aîné des fils d’Angelo
Moratti, C’est le plus ancien des actionnaires de l’Inter puisque
son père lui a offert ses premières parts en 1948. Il a été membre
du conseil d’administration de l’Inter. Il est surtout le président
de la Saras, entreprise qui produit maintenant de l’électricité et
qui cherche à se diversifier en développant les éoliennes.
Letizia (née en 1949) : Seconde femme de Gianmarco. Manager italienne,
elle a été présidente de la Rai, le groupe audiovisuel
public italien entre 1994 et 1996. Ministre de l’Éducation
Berlusconi entre 2001 et 2006. Maire de droite de Milan depuis 2006.
Bedy
(née en 1939) : Maria Rosa « Bedy » Moratti,
leur sœur. Actrice de théâtre. Elle représente
souvent l’Inter. C’est elle par exemple – en compagnie
de son neveu Angelomario – qui a repéré Nelson Rivas.
Natalino Curzola Moratti : Leur frère, fils adoptif d’Angelo,
est membre du conseil d’administration de l’Inter.
Angelomario (né en 1973) : Fils de Massimo. L’un des deux
vice-présidents de l’Inter, président d’Inter
Brand, occupe un poste au conseil d’administration de la Saras.
Giovanni (24 ans) : « Gigio », l’un des fils de Massimo,
est membre du conseil d’administration de l’Inter.
Angelo Gino (né en 1963) : Fils de Gianmarco et de sa première
femme, membre du conseil d’administration de l’Inter et de
celui du club de basket-ball l’Olimpia Armani Jeans Milano ; unique
vice-président de la Saras.
Marco Tronchetti Provera (né en 1948) : Ex-mari de l’héritière
de la famille Pirelli, il est toujours le patron de cette société.
Sa boîte est le principal sponsor du club depuis que Massimo Moratti
est le propriétaire de l’Inter. Il a également été à la
tête de Telecom Italia, qui possède la chaîne de télévision
LA7 en plus des activités de télécommunications classiques.
C’est l’homme d’influence du club, mais il a mal géré ses
affaires ces dernières années, et Pirelli a du revendre une
partie de ses actions Inter. Il est toujours membre du conseil d’administration
de l’Inter.
Pour l’anecdote,c’est l’un des aïeux de la famille
Pirelli, Piero Pirelli qui a fait bâtir le stade San Siro lorsqu’il était
président de l’AC Milan.
Un constat simple s’impose finalement : la famille Moratti a épousé l’Inter pour le pire et pour le meilleur.
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