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    Samus

    Adriano raconte l'histoire de l'Imperatore

    Adriano a écrit un article pour The Players Tribune pour y raconter l’histoire de sa vie. 

    " “Ils disent que j’ai disparu”, “Adriano a renoncé à des millions d’euros”, “Adriano est drogué”, “Adriano a disparu dans les favelas”. Savez-vous combien de fois j’ai lu cela ? Des conneries. Je suis toujours vivant, non ? Avec le sourire aux lèvres. Voulez-vous tout savoir sur moi ? La vérité et rien que la vérité ? De la bouche du principal intéressé et sans ajouts ? Prenez donc une chaise, mes frères. Adriano a une histoire à vous conter".

    Ainsi commence un long article qu’Adriano a écrit pour The Players Tribune. L’Imperatore parle sans filtre, abordant tous les sujets de sa vie, une histoire de pauvreté, de gloire et de moments difficiles. 

    “J’ai gagné tellement d’argent durant ma carrière. Mais savez-vous combien je paierais pour de nouveau me divertir balle au pied, comme je l’ai toujours fait? A 7 ans, certains de mes parents ont récolté de l’argent pour me permettre de jouer dans l’école de football de Flamengo. De la favela à Flamengo? Il n’y avait aucun doute à avoir! Je chausse mes crampons! Où est le bus pour y aller ?  C’était un peu de la folie, nous habitions à Penha et si vous connaissez un peu Rio, vous savez que le trajet de Penha au centre de formation de Flamengo à Gaeva semble infini. C’était les années 90 et il n’y avait pas la Ligne Jaune (métro, ndlr.). Il fallait prendre deux bus et comme j’étais tout petit j’avais besoin que quelqu’un m’accompagne.  

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    C’est là qu’est entré en jeu ma grand-mère. 

    Ma grand-mère p*tain. Je devrais faire le signe de la croix chaque fois que j’évoque son nom. Sans elle que serais-je donc devenu ? C’aurait été impossible. Vous n’auriez jamais entendu parler d’Adriano. C’est une légende, laissez-moi vous raconter un épisode.  Une fois, j’étais à l’Inter à l’époque, les journalistes me suivaient partout parce qu’ils voulaient toujours m’accuser de faire quelque chose de mal. Ils faisaient le siège en bas de chez moi et ne voulaient jamais s’en aller. Je me sentais pris au piège. Ma grand-mère vivait avec moi à l’époque, et je l’entendais dans la cuisine mettre de l’eau à bouillir. 

    Je lui ai demandé : “Tu fais quoi grand-mère ? Qu’est-ce que tu cuisines ?” Elle m’a répondu : “Non, non. Je ne cuisine rien, mon chéri”. Mais elle avait un énorme chaudron avec de l’eau bouillante. Elle m’a dit : “Je prépare un cadeau pour nos amis dehors”.  

    “Es-tu folle ? Tu ne peux pas faire ça!”.  

    “Mais si, je veux juste leur offrir une bonne douche, bien chaude, ils vont adorer”.  

    P*tain elle était sérieuse ! J’ai dû prendre le temps de la calmer ! Elle disait tout le temps : ”Il faut qu’ils arrêtent de les briser à mon bébé, je vais leur donner une leçon !”. Ça c’était ma grand-mère. Vous comprenez ?   

     

    L'arrivée à l'Inter

    Je me rappelle que lorsque je suis arrivé en Italie, je ne comprenais pas ce qui m’arrivais. Je regardais mes coéquipiers et je me disais: “Seedorf, Ronaldo, Zanetti, Toldo. Punaise”. C’était évidemment un rêve. Non? Seedorf se baladait dans le vestiaire torse nu, ce c*nnard avait 7% de matière grasse. Respect! 

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    Je n’oublierais jamais quand nous sommes allé jouer un match contre le Real Madrid en amical au Santiago Bernabeu. J’étais remplaçant et je suis rentré à un certain moment. Nous avons eu un coup-franc à l’entrée de la surface et je me suis approché de la balle. Pourquoi pas? Eh ben, devinez qui est venu derrière moi me dire: “NON NON! C’est moi qui tire!”. Materazzi! Ce b*tard! Hahahaha! Je comprenais même pas ce qu’il me disait, je ne parlais même pas italien. Mais je comprenais qu’il ne voulait pas que je tire: “Non, non, non!”. Il voulait tirer. Mais Seedorf est intervenu, il lui a dit: “laisse le gamin tirer”. 

    Lorsque Seedorf parlait personne ne discutait. Materazzi s’est écarté et le truc marrant s’est que si vous regardez la vidéo, vous verrez que Materazzi a les mains sur les hanches, l’air de se dire: “Non mais vous verrez qu’il enverra la balle en tribune”. 

    Les gens me parlent tout le temps de ce coup-franc. Ils me demandent comment. Comment, comment. “Comment as-tu réussi à frapper aussi fort?”. Et je réponds: “Je ne sais pas moi! J’ai frappé du gauche et Dieu a fait le reste!” Boom, lucarne. Je ne peux pas me l’expliquer. 

     

    C’était le début de mon histoire d’amour avec l’Inter. L’Inter reste mon club de cœur. J’aime Flamengo, Sao Paulo, Corinthians, j’ai aimé jouer dans tous ces clubs, mais l’Inter reste quelque chose de spécial. Les médias italiens? Ah ça c’est une autre histoire! Hahaha. Mais le club interiste reste à tout jamais le meilleur.  

    Il y a un chant qu’ils m’avaient dédié à San Siro, il me donne encore la chair de poule.  

    " Che confusione 

    Sarà perché tifiamo 

    Un giocatore 

    Che tira bombe a mano 

    Siam Tutti in piedi 

    per questo brasiliano 

    batti le mani 

    che in campo c'è Adriano "

    P*tain. Un pauvre enfant des favela comme moi? Je suis l’Imperatore? Je n’avais rien fait encore et on me traitait comme un roi. C’était fantastique.

    Je me rappelle que tout ma famille est venu me voir depuis Rio et quand je dis toute ma famille, je pense que vous ne savez pas ce que ça veut dire. A la brésilienne! Je ne parle pas de papa-maman, je parle de 44 personnes! Des cousins, des oncles, des tantes, mes amis. Tout mon entourage a pris l’avion. 

    Le bruit est arrivé aux oreilles du Président. M. Moratti (la légende !). Et ce grand monsieur Moratti a dit: ”Hey, c’est un moment important pour le gamin, on va prendre un bus pour sa famille”. Il a fait louer un bus. Vous imaginez 44 brésiliens qui se baladent en Italie? Quel spectacle haha, c’était la fête. C’est la raison pour laquelle je n’aurais jamais un mot négatif envers Moratti ou l’Inter. Tous les clubs devraient se comporter ainsi. Il prenait soin de moi en personne.  

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    Alors je sais ce que vous vous demandez. “Mais Adriano, pourquoi avoir arrêté le foot, alors? Pourquoi être parti?”. On me le demande chaque fois je vais en Italie. Des fois, je pense être l’un des joueurs les plus incompris de l’histoire. Les gens ne comprennent pas ce qui m’est arrivé. Ils connaissent la version erronée. La réalité est bien plus simple. 

     

    Le retour au Brésil 

    En 9 jours, je suis passé du jour le plus beau de ma vie, à la pire journée de mon existence. Du paradis à l’enfer. Vraiment. 

    Ils m’ont appelé. Ils m’ont dit que mon père était décédé. Une attaque cardiaque. Je ne veux pas en reparler, mais ce que je peux dire c’est que depuis ce jour-là, mon amour pour le football a changé. J’aimais le football parce que lui l’aimait. C’est tout. C’était mon destin. Quand je jouais, je jouais pour ma famille. Chaque but, je le marquais pour ma famille. Quand mon père est décédé, le football n’avait plus la même saveur.  

    J’étais en Italie, de l’autre côté du monde, loin de ma famille. Et je n’y suis plus arrivé. Je suis tombé dans la dépression, j’ai beaucoup bu. Je ne voulais plus m’entraîner et cela n’avait rien à voir avec l’Inter. Je ne voulais qu’une seule chose, rentrer chez moi. Pour être honnête, même si j’ai continué à marquer des buts, même si les supporters continuaient à beaucoup m’aimer, toute joie s’était dissipée dans ma vie. C’était mon père, vous comprenez? Il ne suffisait pas d’appuyer un bouton pour redevenir moi-même.  

     

    En 2008, l’époque Mourinho est arrivé, la situation était insupportable. Les journalistes me suivaient partout et avec Mourinho la relation était de l’ordre de: “C’est quoi le problème? Vaff...  Tu essaies de me n*quer, c’est ça? “. 

    Je me suis dit: “Seigneur, emportes-moi loin d’ici”. Je n’ai pas résisté. 

    Ils m’ont convoqué en équipe nationale et Mourinho m’a dit: ”Tu ne reviendras plus, n’est-ce pas?”. 

    Et je lui ai répondu: “Tu le sais déjà”. Un aller sans retour. 

     Des fois les journalistes ne comprennent pas que nous sommes des êtres humains. Être l’Imperatore signifiait avoir un surplus de pression. Je venais du néant. J’étais juste un gamin qui voulait jouer au foot et aller prendre un verre avec ses amis. Je sais que de nos jours, ce n’est plus pareil avec les footballeurs car tout est tellement sérieux et il y a tellement d’argent mis en jeu. Mais moi, je veux être honnête. Je n’ai jamais arrêté d’être un gamin des favelas. Les gens venaient dire que j’avais disparu. Ils disaient que j’étais retourné dans les favelas pour me droguer, et autres histoires incroyables. Ils faisaient circuler des photos de moi, disant que j’étais entouré de criminels et que mon histoire était une tragédie. Ca me fait rire, ils agissent comme ça parce qu’ils ne savent même pas de quoi ils parlent. Ils se couvrent de ridicule.  

    J’étais hors de forme. HS. Mentalement et physiquement. Je savais que j’avais besoin de d’aide. J’ai donc fini au Sao Paulo FC parce que là, je pouvais être assisté par le REFFIS (centre de Réhabilitation Sportive, Physiothérapique et Physiologique). A l’époque, le SPFC avait certains des meilleurs médecins au monde. J’ai commencé à voir un psychologue qui m’a aidé à combattre la dépression et m’a remis en état de fonctionnement.  

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    Pour cela, je dois remercier M. Moratti, il a toujours été d’accord avec tout ce qui faisait mon bien. Il m’a laissé de l’espace parce qu’il savait ce que j’endurais. J’ai fait l’aller retour de l’Italie au Brésil plusieurs fois. A la fin, je ne pouvais pas lui mentir à lui. 

    Une fois il m’a appelé et m’a demandé: “Comment te sens-tu?”. 

    Et ce jour-là il m’a compris. Complètement. Il m’a laissé partir sereinement, et je lui serai à jamais reconnaissant pour cela.  

    “Adriano renonce aux millions pour rentrer chez lui” Oui, peut-être que j’ai renoncé aux millions. Mais l’âme a-t 'elle un prix? Combien seriez-vous prêt à payer pour la vôtre? A l’époque j’étais détruit par la perte de mon père. Je voulais me sentir de nouveau moi-même.

    Je ne me droguais pas. L’alcool? Oui, j’en buvais, et comment! Mais si vous analysez mon urine, je le jures devant Dieu, vous ne trouverez jamais de trace de drogue. Je sais que le jour où j’utiliserai des substances, cela tuera ma mère et ma grand-mère. Mais vous savez quoi? Vous y trouverez sûrement des traces d’alcool. Je pense que mon urine est trouble comme de la Caipirinha!

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    Quand je suis rentré chez moi pour jouer au Flamengo, je ne voulais plus être l’Imperatore. Je voulais juste être Adriano. Je voulais me divertir, disons que j’y suis arrivé. J’ai été très fier d’être l’Imperatore. Mais sans être Adriano, être l’Imperatore est inutile. Adriano n’a pas de couronne. Adriano est le gamin des baraques qui a été béni par Dieu. Vous me comprenez à présent? Adriano n’a pas disparu dans les favelas. Il est juste rentré chez lui".  

     

    (theplayerstribune.com) 

    © Samus –Internazionale.fr  

    Réactions & Commentaires

    Commentaires recommandés

    Ça fait plusieurs jours que j’esquive de lire son interview, mais il a été traduit ici donc inévitablement.... 

    Il n y a pas de mot pour décrire Adriano, tu sera a jamais dans nos cœurs. 
     

    Milito m’a le plus procuré de plaisir, mais Imperator est celui que j’ai le plus aimé. 

    • J’aime 3

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    Faut l’avoir vu jouer pour comprendre la puissance que degageait ce type ... une force colossale comparable à Samson dans la Bible ! 

    Je me levais tjr du canapé à chaque fois qu’il voulait tirer 

    • J’aime 3

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    Wow merci pour la traduction, j'ai eu des frissons en la lisant. 

    C'est clairement un de mes joueurs préférés, j'étais dégouté quand il est parti 

    • J’aime 3
    • Triste 1

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    Très bel article !

    Joueur incroyable et homme de goût ^^
    « Je pense que mon urine est trouble comme de la Caipirinha! »

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    Incroyable histoire ce pti bonhomme des favelas !

    Si son père n'avait pas connu cette fin tragique ça carrière aurais été démentiel... l'histoire en a voulu autrement.

    Un Monstre inachevé a jamais, content qu'il est réussi a remonter la pente, il restera un de mes joueurs préférés.

    Merci pour ce super article @Samus

    • ;-) 1

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    Le joueur qui m'aura laissé un goût d'inachevé sur sa carrière. 

    Le plus gros regret en tant que supporter de beau jeu et de bon joueur. 

    Il alliait la technique, la puissance physique, la vitesse, un attaquant complet. 

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