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Victor "Antony" Newman

Séance d’auto-flagellation à l’italienne

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Eurosport.fr - "Saignée", "crise", "austérité" et "pauvreté", tels sont les mots que l’on peut entendre en ce moment, en France et en Italie, dans la bouche des amateurs de foot et des journalistes.

 

De l’autre côté des Alpes, l’heure est au catastrophisme et à l’auto-flagellation car la Série A n’attirerait plus de stars et ne pourrait pas conserver ses meilleurs joueurs. Les départs de Zlatan Ibrahimovic et de Thiago Silva au PSG ont évidemment été à l'origine de discours si alarmistes.

 

La remise en question est totale et exagérée. C’est le prix à payer quand le football est à une place si importante dans une société en crise. Mais attention à ne pas tomber dans le "déclinolâtrie". L’Italie a tellement dominé le football européen pendant les années 90 et début 2000 qu’elle ne pouvait que perdre sa place de numéro un. La nouvelle hiérarchie du foot européen est vécue comme un drame au pays.

 

Résultats, on est témoin d’exceptionnelles séances d’auto-flagellation où certains éditorialistes expliquent que le niveau des clubs italiens est inférieur à tous les autres championnats, y compris la France (sans prendre la peine de regarder la performance des clubs français en Coupes d’Europe), qu’il n’y a plus de stars, plus d’argent et qu’on va tous mourir.

 

Une sorte de fin du monde concentrée sur un seul et unique pays, l’Italie, et avec une ribambelle d’arguments contradictoires.

 

Compétitivité, Coupe d’Europe et dépenses

 

Le foot et l’art de tout comparer : un joueur avec un autre, le recrutement d’un club et de son rival, les performances d’un club et de l’autre, la compétitivité d’un championnat et des autres, etc. Le tout, bien souvent, sans prendre en compte de nombreux facteurs liés à l’histoire, l’environnement, le contexte, le style...

 

Je dois avouer que c’est un exercice que je n’aime pas particulièrement mais, afin de montrer que le catastrophisme des Italiens envers leur championnat est très exagéré, il faut en passer par là et reprendre quelques faits.

 

Les clubs italiens ne seraient donc plus compétitifs et de nombreux championnats seraient passés sportivement devant la Serie A, en ne se basant que sur des préjugés et le sacro-saint ranking UEFA. Combien de Ligues des Champions ont remporté les clubs français et allemands depuis l’an 2000 ? Une. Et les clubs italiens ? Trois.

 

La dernière Coupe du monde remportée par la Nazionale remonte à 2006 alors qu’elle a terminé l’Euro 2012 en position de finaliste avec 20 joueurs sur 23 évoluant au pays. Depuis quand les sélections anglaises et allemandes attendent un trophée ? Depuis 1966 et 1996.

 

Qui était à deux doigts d’éliminer le géant Arsenal (vision franco-française) du tour préliminaire de la Ligue des champions en août dernier ? Le petit Udinese. Qui a éliminé le colosse hyper-puissant-financièrement Manchester City en phase de groupes de la Ligue des Champions ? Naples, qui n’avait pas goûté à la C1 depuis 21 ans. Quel pays avait le plus de représentants en huitièmes de finale de la C1 l’an passé ? La Série A. Sportivement, le bilan n’est pas catastrophique comme cela est trop souvent présenté, mais il peut toujours être meilleur, certes

 

Financièrement, les clubs italiens n’auraient plus un sou. Quels clubs figurent dans le top5 des plus dépensiers lors du mercato estival 2011 ? La Juve (120M€) et la Roma (80M€). Combien a dépensé également le Milan l’an passé ? 87M€ ! Et l’Inter ? 65M€ ! Est-ce alors un problème d’argent ou de recrutement ? Pourquoi ne pas évoquer la question du recrutement des grands clubs qui surpayent des joueurs (Osvaldo 18M€, Matri 18M€, Robinho 27M€, etc...) ou offrent des salaires démesurés par rapport à l’âge et à l’apport réel des joueurs ?

 

La question des stars, encore et toujours

 

Zlatan Ibrahimovic a quitté l’Italie. Et ceux qui doivent être le plus triste, ce ne sont pas les supporters milanais mais les journalistes de la Gazzetta dello Sport, qui ne pourront plus sortir trois "unes" par semaine sur l’attaquant suédois, après, par exemple, un triplé contre Pescara ou un doublé contre le FC Nordsjaelland en Ligue des champions, en usant et abusant des "Straordinario", "Pazzesco", "Ibracadabra", etc.

 

La définition de star est toujours ambiguë. Tel joueur est-il une star sur le terrain grâce à ses performances ou grâce à un autre facteur (vie privée, transfert record, charisme) ? Peut-on dire que l’AC Milan a progressé sur la scène européenne avec l’arrivée d’Ibrahimovic, en développant une tactique presque uniquement centrée sur le talent individuel du Suédois? Non. A-t-il aidé le Milan dans les gros matches à enjeu ? Non plus, car si Ibracadabra sait inventer des gestes venus de nulle part, il est aussi ce magicien capable de disparaître pendant les matchs le plus importants.

 

Comme souvent, il n’y a pas de conclusion définitive à tirer des départs de Zlatan Ibrahimovic, Ezequiel Lavezzi et Thiago Silva

 

Tous les journalistes italiens parlent d’exode avec le départ de ces trois joueurs mais ont-il usé du même qualificatif avec le départ de Cristiano Ronaldo, Cesc Fabregas et Didier Drogba sur les trois dernières saisons de Premier League ? Si pour Zlatan, je suis persuadé que la Série A ne perd pas en compétitivité, je pense par contre que c’est bien le cas avec Thiago Silva et Lavezzi. Mais, pour remplacer ce dernier, Naples tient avec Lorenzo Insigne un joueur également spectaculaire et décisif. Il est jeune. Trop jeune ? Voilà encore une contradiction de la presse italienne : réclamer du temps de jeu pour les jeunes et se plaindre quand un bon joueur est remplacé par un espoir

 

Et puis, pourquoi insister sur les départs et passer rapidement sur ceux qui ont fait le choix de rester en Italie ? Daniele De Rossi pouvait gagner le double de ce qu’il gagne à la Roma avec Manchester City et la Roma aurait pu financer deux campagnes de transferts. Mais il a préféré rester. C’est également bon signe de voir des joueurs comme Chiellini, Vidal, Lamela, Isla, Asamoah rester ou choisir l’Italie alors que des offres espagnoles et anglaises avaient été formulées.

 

Et le contexte économique ?

 

C’est un étrange sentiment. De nombreuses personnes en Italie semblent découvrir que la très grande majorité des millionnaires, milliardaires, grands entrepreneurs perdent de l’argent avec la crise économique mondiale. Qu’espéraient-ils ? Que Berlusconi lâcherait 200M€/an sur le marché des transferts alors que son groupe Fininvest a perdu 80% de sa valeur en bourse depuis avril 2010 ?

 

Par ailleurs, si certains clubs sont vendeurs, n’est-ce pas bon signe de voir des clubs nettoyer leurs dettes en réaménageant la masse salariale et en vendant des joueurs pour d’énormes sommes d’argent ? N’est-ce pas une étape et un cycle, afin de mieux structurer les clubs et éviter certains recours aux injections financières d’urgence en fin de saison ? Pourquoi toujours voir le verre à moitié vide ? Pourquoi réclamer à longueur d’année une restructuration du football italien (développer ticketing, merchandising, augmenter les recettes, ramener du monde au stade en développant un jeu attrayant, faire baisser les masses salariales, se mettre en accord avec les règles du fair play financier) et sortir la sulfateuse quand des gros clubs posent la première pierre de ces projets ? Si ce n’est pour vendre du papier...

 

Que les clubs italiens ne sont plus aussi performants sur la scène européenne est une réalité que l’on ne peut contester, tout comme la domination barcelonaise sur le Vieux Continent

 

Certains propriétaires de clubs ne dépensent plus sans compter car la rentabilité est désormais devenue un impératif. Pour autant, le fait de réduire la voilure ne veut pas dire championnat au rabais et ennui infini. Au contraire, la Série A n’avait pas été aussi passionnante depuis dix ans avec de vrais projets, de nouveaux entraîneurs renonçant à l’héritage de la vieille école (Lippi, Capello), un spectacle très souvent au rendez-vous, une diversité tactique très présente et le retour du collectif au détriment de l’individualisme. Sur ce dernier point, le départ d’Ibrahimovic ne fait que confirmer cette tendance qui, je l’espère, a de beaux jours devant elle. Pour le bien du football italien et le plus grand malheur de ceux qui veulent vendre du papier. Ces mêmes personnes qui ont starifié les joueurs et en ont fait de vulgaires célébrités people tout juste bonnes à faire vendre des pots de gel et des chaussures toujours plus légères...

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chan007    453

Article intéressant mais le retour du collectif au détriment de l’individualisme comme le précise l'auteur ça ne fait pas vendre ! Si je veux voir ça, il suffit de regarder la Ligue 1 ou le championnat de Belgique. Franchement, le dimanche quand je regarde le Calcio, je veux voir du rêve avec des joueurs d'exception et des matchs intensifs. Sans manquer de respect aux joueurs, je préfère voir des montées de latéraux comme Cafù, Maicon ou Zambrotta que des montées de Jonathan, Lichtsteiner ou Taiwo ! Pareil en attaque, je préfère voir des matchs avec Crespo, Eto'o ou Shevchenko que des matchs avec Matri, Osvaldo ou Robinho ...

 

 

Ces dernières années, la Serie A a perdu de "vieux joueurs" talentueux (Crespo, Figo, Nesta, Seedorf, Veron, Vieira) qui sont rentrés dans leur pays et ont terminé leur carrière mais le gros problème c'est que les stars actuelles quittent elles aussi le Calcio (Eto'o, Ibrahimovic, Lavezzi) et que les joueurs amenés à devenir des stars sont vendus chaque année à l'extérieur de l'Italie (Balotelli, Pastore et bientôt Ramirez) :cry:

 

La Première League a perdu C.Ronaldo, Fabregas et Drogba ? Oui mais ils ont récupéré Aguero, Balotelli, Hazard, Nani, Silva ... En Italie, les stars ne viennent plus, il suffit de voir le mercato de cette année, les gros noms annoncés (Tevez, Van Persie) vont rester des noms sur le papier :phear:

 

 

Explication 1. Pourquoi le championnat perd de son attrait ? Perte des stars ... Pourquoi ? Plus de ressources financières pour les amener et/ou les conserver. Pourquoi ? Les clubs sont endettés et les investisseurs italiens subissent la crise. Pourquoi ? Les clubs ont vécu au-dessus de leurs moyens. Pourquoi ? Aucune règle financière ne régissait le football ...

 

Explication 2. Pourquoi le championnat perd de son attrait ? Des stades vides et vieux. Pourquoi ils sont vides ? Crise économique mondiale et insécurité dans les stades. Pourquoi ils sont vieux ? Aucune compétition majeure n'a été organisée dans le pays depuis des années !

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SANGOKU    2 544

Merci, article très intéressant avec des arguments qui le sont aussi.

 

Je préfère l'explication 1 :nikel:

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Slick    8

San Siro tu le met aussi dans les vieux stades ?

Je n'étais jamais sur place, alors je me pose la question. Il est un peu délabré ?

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